Les gratiférias : un mode d’échange gratuit et désintéressé comme alternative aux marchés aux puces

Gratiférias-iStock-MachineHeadz

Vous connaissiez le troc, cet échange d’objets et de services de valeurs équivalentes. Mais avez-vous déjà entendu parler des gratiférias ? Ces marchés gratuits sont basés sur le don : on y apporte ce que l’on veut donner, on y prend ce dont on a besoin sans qu’il n’y ait de réciprocité ni de rémunération.

Le marché gratuit : un phénomène argentin

Tout commence à Buenos Aires (Argentine) en 2010. Alors qu’il effectue un tri de ses affaires en vue d’un déménagement, le jeune porteño Ariel Rodríguez Bosio prend conscience qu’il possède plus que ce dont il n’a réellement besoin. Il décide alors de donner un certain nombre d’objets à une école voisine afin de se désencombrer. Les sourires de plaisir qu’il lit sur le visage de ses donataires le poussent à systématiser le don à l’échelle des marchés : les gratiférias (néologisme espagnol traduisible en « gratifoires ») sont nées.

Le fonctionnement des gratiférias

A l’instar d’une brocante ou d’un marché aux puces classique, un lieu et une date sont définis à l’avance et l’évènement est annoncé au public. Certains visiteurs viennent déposer des affaires et des objets superflus s’ils le souhaitent et, pourquoi pas, repartir avec quelques trouvailles. D’autres viennent sans rien apporter et récupèrent des objets dont ils ont besoin. On trouve en gratiférias aussi bien des objets matériels que des services : il est ainsi possible de se faire masser, couper les cheveux, de se divertir gratuitement devant des performances artistiques et musicales etc. L’échange de compétence est la seule règle qui anime ce partage.

Les gratiférias reposent sur trois principes essentiels : l’idée de réciprocité est bannie, de même que le fait de se rémunérer. Et l’action de prendre ou de donner se fait sur la base d’un contrat moral tacite : on prend ce dont on a besoin, les objets doivent être dans un état correct et bien entendu, il n’est pas question de s’approprier un objet pour en faire commerce après.

Changer de rapport à la consommation

A l’heure du capitalisme mondialisé, le phénomène des gratiférias offre une alternative rafraîchissante pour repenser les modes d’échange. Cette pratique encourage la pondération puisque les visiteurs sont invités à prendre ce qu’ils veulent, dans la limite de leurs besoins. Par ailleurs l’absence totale de compensation financière permet un égalitarisme bienvenu : personne ne se trouve limité par un budget dans l’acquisition de l’objet de ses rêves. Comme le résume Ariel Rodríguez Bosio, le mot d’ordre des gratiférias est “Traé lo que quieras (o nada), y lleváte lo que quieras” ce qui, traduit de la langue de Cervantès signifie : « Apportez ce que vous voulez (ou même rien du tout), et repartez avec ce que vous voulez. »

Le succès planétaire des gratiférias

Le concept des gratiférias, forcément universel, a séduit bien au-delà des frontières argentines. Après avoir conquis les pays voisins tels que le Chili, l’Uruguay, le Brésil, la Colombie et le Mexique, le phénomène s’est développé en Europe. En France par exemple, ces marchés gratuits ont essaimé sur tout le territoire et il n’est plus rare désormais de s’entendre dire : « On va faire un tour en gratiférias, tu as pensé à laisser le porte-monnaie à la maison ? »

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